Vous partez souvent en pique-nique, vous? Parce que c'est la saison, non? Il fut un temps, dans la famille , où on s'entassait tous dans la voiture, avec des paniers, des bouteilles, des assiettes en carton, tout ça, on sortait vite de Paris, et ont piquait tout droit vers l'horizon à l'aventure. En été, bien entendu. Trois ou quatre heures plus tard, on cherchait vainement un endroit à l'écart où s'installer à l'ombre, avec de l'herbe pour s'asseoir. En général, c'était très difficile à trouver, parce qu'il y a des clôtures partout. Je veux dire, en France. On finissait par trouver 15 mètres carrés à l'ombre, mais, dix minutes après, la nappe à peine déployée sur les orties, on voyait arriver un type furieux qui descendait de sa voiture en voltige , et qui hurlait:

- Hé, mais vous êtes chez moi, là où vous êtes!

J'expliquais que, on ne pouvait pas le deviner à cause qu'il n'y avait pas de clôture pour une fois, mais que, de toute façon, dans une heures ou deux, on allait reprendre la route, et que deux heures, c'était trop court pour construire un pavillon de banlieue. J'ai en mémoire un certain nombre de conversations hautes en couleurs. J'abrège.

- Voui, mais qui c'est qui va nettoyer, après, hein, qui c'est? Paske les papiers gras, moi, j'en ai jusque là!

Il est arrivé que, certaines fois, on dût essayer trois ou quatre lopins de verdure avant d'en trouver un de libre à peine suffisant pour liquider un caprice des dieux.

Cette manie nous est passée, rassurez vous.

Mais elle m'a beaucoup marqué.

Ça m'a énormément aidé à rêver d'espaces infinis et déserts, de terres inconnues qui s'étendent à perte de vue sans âme qui vive, et de forêts impénétrables.

Du reste, ça m'a donné l'idée de cette assez grande aquarelle, qui pourrait s'intituler "Tâchez de bien choisir votre endroit pour tomber en panne"...

 

choisir l'endroit