Désert des nuits sans sommeil

Aquarelle, techniques mixtes, extraite du portfolio LES ESCALES DE MARTIN MILAN : DE PASSAGE DANS LE DÉSERT DES NUITS SANS SOMMEIL, réalisé à l'occasion du cinquantenaire de la série.

 

Cette année 2017 marque un anniversaire pas comme les autres : celui de la naissance de MARTIN MILAN, pilote d'avion-taxi, dans les pages du Journal TINTIN.

A cette occasion, certains d'entre vous, qui me le réclamaient depuis fort longtemps, seront heureux d'apprendre que le contrat pour la republication des aventures de Martin, sous la forme d'une Intégrale, vient d'être signé avec les éditions du Lombard - et cette Intégrale comprendra une nouveauté à laquelle je vais prochainement m'atteler, textes et dessins. 

Puisque l'on fait ici mention d'une époque déjà lointaine, voici comment les choses se passaient à cette époque-là…

La première histoire de Martin est sortie dans Tintin en 1967. A cette époque, je travaillais également à Pilote, depuis 1959, les deux maisons étant concurrentes, à l'époque. 

Le peu de temps que je distrayais de ma collaboration régulière avec Pilote ne me permettait pas de produire beaucoup dans Tintin. 

Il n'empêche que, au tout début des années 70, les éditions du Lombard éditèrent le premier album de Martin Milan, qui réunissait un certain nombre des premières histoires complètes parues dans le journal.

C'était un modeste broché, qui m'avait procuré une grande joie, car c'était, justement, mon tout premier album !

Une parution, pour moi, très exceptionnelle, car malgré ma collaboration indiscontinue depuis le premier jour de Pilote, les éditions Dargaud n'avaient jamais daigné ne serait-ce qu'évoquer, ne fut-ce que de loin, l'éventualité de faire avec mes histoires de Norbert et Kari, le moindre bout de ne serait-ce que sur le mode de la promesse vague d'en faire des albums... 

Il est vrai que - entretemps - 1968 s'était passé.

Il en était résulté dans la maison un certain nombre de transformations. 

René Goscinny avait été nommé directeur général, et héritait de ce fait d'un bureau ultra-moderne, à l'étage supérieur à la rédaction. Depuis son bureau, il pouvait, en manipulant quelques boutons, ouvrir la porte, fermer la porte, ouvrir les rideaux, fermer les rideaux, etc, etc…

La première fois que je fus invité dans ce magnifique bureau, Goscinny avait l'air très grave.

Il m'invita à m'asseoir, manipula quelques boutons pour ouvrir et fermer les rideaux, ce qui provoqua mon admiration, pour ne pas dire ma béatitude ; puis il se leva, raide, marcha jusqu'à une armoire, l'ouvrit, en tira un album broché, revint, contourna son bureau, restant debout, posa l'album broché en question devant moi- c'était le mien, le tout premier de Martin Milan - puis, sans se rasseoir, il pointa un index lourd de réprobation droit vers le malheureux broché, me regarda dans les yeux, et dit d'une voix lugubre :

" Qu'est-ce que c'est que ÇA ?"

 

Inutile de vous dire que j'en suis resté comme deux ronds de flanc...

A la faveur des lignes qui précèdent, comme vous pouvez le voir, je n'en suis toujours pas revenu !

betizooka

L'ALBUM BROCHÉ EN QUESTION...