Eh bien je vais vous dire à quoi je pense, moi, en ce moment-ci, ce que j’ai vraiment dans la cervelle et qui la remplit toute entière.
On travaillait ensemble Julio et moi depuis pas mal de temps, et tout se passait bien. Plus que bien, même.
On était plutôt déçus par les éditeurs, qui traînaient les pieds, mais c’est tout. Alors, un beau matin, on s’est regardés tout les deux dans le blanc de l’œil, et on s’est dit : « et si on se débrouillait sans eux, on ferait ce qu’on voudrait ? On n’aurait pas besoin de demander la permission à qui que ce soit ? » 
C’est ainsi, sur un coup de tête, qu’on a décidé de créer une nouvelle maison d’édition, celle qui s’est appelée « Le VAISSEAU D’ARGENT » ET CELA A ÉTÉ UNE AVENTURE FORMIDABLE …
On a connu enfin le bonheur total, complet, de se dire le matin, en arrivant rue Biot : « J’ai pensé à un truc, dis donc, qui pourrait marcher du tonnerre. Et si on le faisait ? ».
Et on le faisait, sans rien demander à personne, juste simplement parce qu’on en avait envie et c’est tout. Et puis, comme cela a commencé à marcher, alors on a pu faire venir des copains, et leur dire : « Qu’est-ce que vous avez envie de faire, pour de vrai, les amis ? » Généralement, c’étaient des gars qui avaient du talent à revendre, qu’on respectait, mais dont personne ne semblait s’en apercevoir…
Et c’est comme ça que Macedo, Brice Tarvel, Edouard Aidans, Carlos Gimenez, Florenci Clavé, mon Florenci qui me prenait à chaque fois dans ses bras, Mohamed Aouamri mon ami, Antonio Segura, Alfonso Font, Victor Mora, et Al Coutelis, entre autres, sont venus nous rejoindre. Et, chaque jour, vous savez quoi ? Eh bien… c’était la fête. La fête tous les jours. 
Vous imaginez ça, la fête tous les jours ???

Voilà à quoi je pense quand je pense à Julio Ribera. 
J’ai eu la chance inouïe de vivre ça avec lui. 
Vous vouliez savoir à quoi je pensais depuis hier, quand j’ai appris la triste nouvelle.
Je pensais à tout ça … 
Et je me disais, ça…PERSONNE NE POURRA NOUS L’ENLEVER.

stand vaisseau angouleme